Bienvenue dans le melting pot cyber paysan autour du Chateau Lestignac, Sigoulès, Périgord.


samedi 26 février 2011

Toi et moi on va jouer au docteur

C'est vêtu d'une grande blouse blanche qui cache un corps frêle et vicieux que je t'écris, toi, ami vinaryen qui aime les vins secs, complètement sec.
J'ai un patient sous la main qui a les oreilles trop basses, et un oeil qui dit merde à l'autre.Un peu boiteux, il est pour autant doté d'un grand coeur, souvent il aide son prochain, et puis il est pas con, il a gagné la finale départementale de Pyramide, il va aller à la finale "jeune" à Paris Capitale. Bref, il a tout pour réussir le gamin. Mais voilà, il a les oreilles trop basses et un œil qui dit merde à l'autre.
Le grand chirurgien, l'assistante sociale, le juge et la gendarmerie se sont concertés et ont ordonné l'intervention médicale, avec le début d'un traitement à base de levures commerciales, d'activateurs de levures, de machins, de choses, pour que ça cesse. Les oreilles trop basses et un oeil qui dit merde à l'autre, c'est fini.
Mais voilà, le gamin, il est bien comme ça, il effraie au début, mais après quelques minutes à lui faire a conversation, à l'observer, même les plus peureux adhèrent au personnage.Et puis il a peur qu'une fois les oreilles remontées et les yeux recarrés, on le reconaisse plus. D'autant que Docteur Roots lui a soufflé que peut être avec l'âge, ses oreilles remonteraient, et que ces yeux se recentreraient.
Voilà, c'est l'histoire du gamin qu'a les oreilles trop basses et un oeil qui dit merde à l'autre. L'histoire du gamin que tout le monde voudrait beau mais qui s'est parfaitement acclimaté à sa gueule hors norme.
C'est l'histoire de mon sauvignon qui veut pas finir ses sucres. 
Du haut de ma blouse blanche, je me demande bien si je laisse le gamin s'épanouir jusqu'à l'été, sans le protéger, et espérer qu'il reparte au risque qu'il se dégrade (pas de soufre pour pas bloquer une refermentation ndlr;) ), si je lui fait le traitement chirurgical nécéssaire pour être tranquille, si je le laisse comme ça, si je ....baaaahhhh c'est un affreux dilemme de vigneron inexpérimenté! Eh le jeune, qu'est ce que tu vas faire avec un vin demi sec, tu vas le vendre à qui?
Peut être qu'il faut savoir sortir de ses dogmes, ne pas être buté, parce que la réalité économique est tout autre, que le banquier, lui, il s'en carre de savoir que j'ai dérogé à la philosophie qui nous anime, faire des vins avec du raisin, tout simplement. Le banquier, lui , il veut que tu rentre du pognon pour payer les factures. et le pognon, il rentre plus vite avec des vins secs en AOC que demi secs en vin de pays. alors bon... je sais pas je sais pas je sais pas, je sais pas je sais pas ça m'ééééééééééééénnneeeerrrrrrvvvveeee!!!!!!

Allez pour illustrer le propos, je me réfère à Lucien Freud qui peint des nus hors normes, loin des standards et de configurations habituelles. L'époque y est pour beaucoup, mais quand même, cette femme est si belle! Mais est ce la femme qui est belle ou le tableau?

vendredi 25 février 2011

Jeunes Vignerons en Devenir/ Des plantes qui parlent

Salut les artistes

C'est d'une semaine longue de dégustations, de fou rires, de travail, de salive dépensée, de fatigue et de bons moments que je vous écris. Une semaine pour refaire le monde du vin avec des vignerons surdoués comme Severine Adge et Raphael Dubois du Domaine des Vignes Rouges, ou encore Sean Mathys Mesnard du Château Boulos Charmes. On apprend beaucoup à leur côté, et se gaver d'expériences vécues, c'est tout bon pour améliorer ce qui doit l'être chez nous! Bientôt je vous laisse des liens, parce que Severine travaille à la création d'un blog, du haut de sa Normandie natale.

Et puis c'est parti, l'attachage des vignes a bien commencé. C'est armé de patience que l'on plie, parfois casse mais surtout attache. C'est , comme beaucoup de taches dans la vigne, très répétitif, mais sincèrement reposant. C'est un des boulots les plus cools à vrai dire.Du bon son sur les oreilles, une bonne émission de radio, et la journée passe toute seule!
On observe les premières fleurs, içi et là, annonçant parfois, un engorgement en eau , trop d'azote  issus d'apports anciens d'azote assimilable (les bleuets), une compaction des sols ou un équilibre Carbone/azote. On peut lire à tous moments dans la végétation de son vignoble, encore faut il connaitre le language des fleurs, chose que je ne maitrise vraiment pas encore...Mais j'y travaille! (Je conseille à tous les curieux le passionnant et extremement pratique "Encyclopédie des plantes bio-indicatrices" de Gérard Ducerf)

@ très bientôt dans les vignes,

Buvez sain, mangez sain, et fumez sain!

samedi 19 février 2011

Tiens vla l'printemps!

Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, il s'agit d'un roman photo/vidéo...

Faut pas croire, mais nous autres vigneronautes, on a un vrai souci éditorial, faut que ça pète! Alors voilà, ces derniers jours étaient bien remplis. Beaucoup, beaucoup de chiffres. En s'installant Jeune Agriculteurs, on doit produire des chiffres à 5 ans, un planning du chiffre d'affaire et des charges qui en découlent. Bon c'est pas jojo sur l'année 1, vus les investissements à faire vu les faibles ventes en bouteille,vu les achats passés, mais on arrive (sur el papier bien sur) à l'équilibre sur l'année 3, si tout se passe bien....A ce titre, la comptable, Yvette de la Casimule, a retrouvé le sourire...Avec un engouement pareil, difficile de pas voir les chiffres avec un bon oeil!

Et puis de la vigne, avec la vision toujours aussi foldingue de ces grues qui reviennent d'Afrique.

La taille est finie, le tirage des bois aussi, désormais on attache. Avant, petit passage du giroboyeur dans les rangs, pour broyer les bois de taille. La grande question du technicien viti, toujours le canif-réglette dans le pochon de cuir à la ceinture, entre le telephone cellulaire et la loupe, c'est de savoir a quelle vitesse et à quel régime il faut broyer les sarments. Parce que les sarments broyés, on le dit pas assez, c'est 80% des besoins nutritifs de la vigne , oui Monsieur, oui Madame. Donc le broyat, vous l'aurez compris, en bon agronome que vous êtes, plus il est petit, plus vite le processus d'humification se fait, plus vite les éléments N, P,K sont dispos pour les racines des vignes.A la bouffe! Donc la question, c'est: je le broie fin (donc je passe le giro a faible allure, a haut régime), ou je le broie pas trop fin? En gros, je lui donne tout à bouffer des le début, histoire que la croissance soit optimum des le débourrement (sortie des bourgeons), ou j'essaie de ralentir un peu le processus en broyant plus "épais"? On entend toutes les théories là dessus. Pour nous, ce sera un broyat plutôt très grossier, histoire d'une part de favoriser l'étalement des éléments nutritifs sur l'année, et d'autre part pour favoriser une humification progressive, faire travailler les bébettes, on va pas tout leur donner tout cuit dans la bouche non plus!

Allez hop, je vous embarque sur le tracteur, avec exactement le son que j'avais dans le casque..Héhé, roooots my friend! Pour info, c'est l'ancètre, Dennis Brown, avec son énorme "Silhouettes"-c'est le genre de musique, au risque de passer pour le toubab de la dernière pluie en vacance à  Sali Portugal , qui va très très bien aux journées tractoresques...

Et puis c'était la dernière préssée du Vin de Paille, notre petit essai dans notre coin, pour tenter de trouver un equilibre sucre-acide qui nous convienne mieux dans notre moelleux , sur nos cépages. Dernier lot, 70 kg de Sauvignon récolté en sous maturité, puis étendu sur des fils dans le grenier du chai. On récolté 25 litre du jus, du vrai miel, incroyable, manquait le pain, le beurre et les tartines.Degré Potentiel: 34....

A l'ancienne, avec le petit pressoir à main prêté par le voisin...

Allez sur ces petits moments vineux, je vous souhaite un très joli dimanche.

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samedi 12 février 2011

A quoi sert un blog-Extended track-...

A quoi sert un blog?

La question a été posé par le Vindicateur hier sur son blog. Il fallait répondre sous forme de tweet, peu de mots pour finalement une grande question à laquelle il fallait bien donner une courte réponse. Puis, lors de mon nettoyage de printemps dans mon chai, c'est une véritable tempête d'arguments, du tout et son contraire, qui me sont apparus dans ma cervelle de moineau.

Pour faire écho à ces tweets...
Le blog est un média bien sur, là ou on peut ouvrir sa grande bouche aussi fort que d'autres qui parleraient pour vous.C'est un exutoir, un défouloir, un crachoir ou l'on peut dire tour haut ce qui ennuie sa femme même tout bas. Mais la vraie question, c'est , pour qui écrit on? En fait c'est une discussion que j'ai eu avec Lilian Bauchet, autour d'une super tarte boudin-pommes de son exquise épouse.Lilian pense la blogosphere assez autocentrée pour ne concerner qu'une poignée de professionels du vin ou d'amateurs passionnés. J'avais, et j'ai encore l'illusion de croire que ça peut intéresser les néophytes, les consommateurs curieux, loin des vignes, de lire quelques mots d'un vigneron, ou d'un critique auto proclamé (d'ailleurs le vigneron l'est aussi, auto proclamé...). En fait si cette question est posé, c'est alors qu'apparait celle de la légitimité. Qui suis je pour donner un avis sur tout, défendre des methodes de production, sur lesquelles peut être je reviendrais un jour, par contrainte économique, ou autre? Qui suis je pour commenter l'actualité, mettre mon poids plume dans la balance, face à des personnes bien plus à même de commenter cette même actualité? Souvent il m'arrive de trouver des angoisses face à ses questions, parce que je trouve ma légitimité face à un public profane, beaucoup moins face à des journalistes ou des vignerons expérimentés, doués, qui oeuvrent en silence sans aller blablater sur la toile, sans aller revendiquer que eux ils travaillent proprement, que eux ils ont des vins dont ils sont fiers, et nanana et nanana ... Mais d'un autre côté, d'une part je prends vraiment du plaisir à écrire régulierement, et même si c'est pour écrire des sottises plus grosses que moi!
Et puis, il faut pas le nier, le blog, c'est un outil de communication, donc quelque part c'est intéréssé! (Si si d'ailleurs sur la droite là oui , à côté de l'article, ooui voilà , là , la blogocave, tu peux acheter du vin, tu vois que le texte il est là juste pour garnir la page, le principal, c'est que tu achete, toi Ô lecteur!...) Et c'est là ou l'honneteté se heurte à la stratégie (peut on parler de "stratégie"?) de vente. Exemple, si je passe un coup de gueule contre un journaliste, un caviste ou un restaurant, un commerçant, l'ODG, les douanes ou autre, est ce que je ne me tire pas une balle dans le pied tout seul? Si je crois...En même temps, c'est accorder une audience, une importance surement bien surestimé à quelques pages internet dont beaucoup se carrent!
Bref, finalement, la liberté d'expression sur un blog est bien relative, un vigneron blogueur fait forcément un poil d'autocensure, modère, car parfois le cliquetis des touches est plus rapide que la raison. Le blog, c'est un coup à se faire apprécier, c'est aussi un coup à se faire détester, parce qu'on y écrit de belles conneries, des choses qui fâchent, qui tranchent, qui "clivent" comme dirait l'homme médiatique moderne, dont je serais capable d'en estimer la hauteur, la portée et la résonance que dans quelque temps, à la lumière des retours sur les vins, qui doivent, je le crois sincèrement, être à la "hauteur" des piaillements qui racontent leur fabrication...

Le silence est d'or, vive la décroissance...!

vendredi 11 février 2011

Go fast! RVF is coming...

En ouvrant a boite mail ce matin, j'ai pu y découvrir un appel à échantillons du CIVRB, l'interprofession des vins de Bergerac. On nous appelle à déposer au plus tard aujourd'hui des échantillons du millésime 2010 afin de figurer dans la sélection de la RVF.Cherchez l'erreur.
Lorsqu'on travaille sans la chimoenologie moderne, on s'aperçoit que des millésimes sont plus capricieux que d'autres. Celui ci en fait partie , ainsi à Lestignac j'ai plus ou mois 50% des cuves encore en fermentation, dans les deux couleurs. En utilisant nombre d'artifices qui sécurisent un maximum l'itinéraire de vinification, mes vins auraient pu être largement prêt pour cette période.Seulement voilà, il n'en est rien, ce millésime ne veut rien savoir, et prend son temps.Il reste des sucres dans les secs, des sucres dans les rouges, ça pétille, tranquilou, pépèrement (pas de base de pépérade), c'est au top mais...Peut on m'expliquer quel devin va bien pouvoir juger des qualités de mes vins à leur sortie dans...1 ou 2 ans? Les arômes sont encore fermentaires, les gaz faussent la palette aromatique, les fermentations malolactiques (seconde fermentation, ndlr) ne sont pas même enclenchées. Comment diable les devins de la RVF sont assez fort pour proposer une sélection de vins pas finis?
Je pose naïvement une question dont je connais évidemment la réponse, mais on peut sérieusement se demander si ce genre de sélection est bien sérieuse...franchement qui est capable de juger de façon fiable un vin qui n'a que 5 mois d'existence? Les cracheurs invétérés des guides gourous doivent revoir leur système, ou peut être est ce moi qui déconne. 
Un peu de bon sens avant le business non? 

Vive les pirates, 
Bonsoir

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lundi 7 février 2011

T'es d'où ? / Arracher pour mieux planter

De retour d'une série de dégustations en Rhône Alpes, avec de très belles rencontres au fil de la route. Les kilomètres avalés, c'est empli d'espoir que je retourne à la terre. Les vins ont pas mal plu semble t'il. Quelques déceptions bien sur, car parfois on tombe à côté de la plaque, face à un caviste qui n'attend pas du tout ce type de produit.Mais de bonnes surprise! Voir un professionnel encore s'émerveiller d'une trouvaille qu'il est en train de faire, je vous le dit franchement, c'est un grand kif! Et suffisamment rare pour être apprécié à sa juste valeur... Bergerac surprend encore, et c'est bon signe...
Nos terres restent encore trop confidentielles dans les présentoirs, entre un léger snobisme anti merlot/cabernet, un désintérêt grandissant pour les bordelais, et un vague souvenir du BERGERAC à 1,60€ la bouteille, tout en bas, là oui voilà, entre la villageoise et le VDP hérault, avec une belle grappe dessinée à l'aquarelle sur l'étiquette. Bref, lorsque l'on passe le pas de la porte d'un caviste d'une contrée lointaine, c'est lourd de tout ce poids que l'on défend, tête haute et buste en avant, notre beau Périgord natal. Peur de rien! Et là, quand la magie s'opère, le plaisir n'en est que plus grand!
Pour allier l'utile à l'agréable, j'ai poussé un peu la route , derrière la dernière belle rencontre de La nature du vin à St Julien en Genevois , et j'ai fini par arriver chez mon copain Alexandre Delétraz, dans sa Cave des Amandiers, à Fully, dans le Valais Suisse. Un vrai bonheur de voir ce bonhomme aussi droit que ses vins, qui je l'espère très prochainement, seront distribués en France. Goutés: les Petites Harvines, les Amignes, Humagnes et Syrah. Il y a quelque chose de grand chez ce bonhomme, quelque chose de tout a fait particulier dans ses vins, une sorte de classe internationale qu'on pourrait sortir en picnic, tranquilou, sur quelques belles cochonailles. Et pourtant, on imagine tout autant ses vins sur les plus belles tables du guide rouge. C'est peut être ça la grandeur ultime...
Passage le samedi à Courchevel, oui messieurs dames, voir les copains d'enfance qui se faisaient une petite session de ski. Incroyable lieu, une vitrine du déballage de tunes, une architecture incroyable, franchement on peut dire ce qu'on veut, avec de l'argent on fait de belles choses...! La langue russe est la langue officielle sur les pistes.  Tiens Bernard Magrez y a son magasin, le "comptoir des grands crus". Non vraiment, je ne regrette pas, c'est à voir, au moins une fois, parce que de toute façon, il n'y aura pas d'autres occasions! Et le défilé d'hélicos...Bon j'arrete... mais le déballage de moyens, en direct live, je trouve que ça nous infantilise, on est comme des gosses à regarder l'hélico décoller, le hummer limousine se garer, le palace s'ouvrir avec un portier déguisé. On a l'air con!

Retour à la terre.Aujourd'hui, arrachage de la première parcelle concernée, des Merlots de 1968. Oh nous aurions pu la garder encore 20, peut être 30 ans. Les pieds sont en pleine forme.L'enracinement file droit vers la roche mère, peu ou pas de racines en surface. Mais la densité (le nombre de plants à l'hectare) est trop faible pour espérer d'une part être rentable, et d'autre part avoir des vins de grande qualité. Planté dans les années 70, à l'ère de la mécanisation à outrance, de la chimie des sols, on a fait croire aux vignerons qu'ils pourraient travailler moins (mécaniser) produire autant (avec le tracteur, tu met de petites billes blanches N-P-K azote phosphate potassium) avec moins de pieds de vigne, et faire aussi bon et même mieux (l'oenologie moderne est arrivée). Ainsi, à la lumière des connaissances agronomiques de l'homme de 2011, nous revenons à des pratiques plus "logiques", et ainsi demander moins à chaque pied, pour qu'il produise mieux.
Nous laisserons la terre reposer quelques 6 à 8 ans, afin de se protéger contre les éventuels pourrissements du système racinaire resté dans le sol. Celà provoque alors des "pourridiés", une mort des ceps par l'attaque de leur système racinaire par l'Armillaria, un méchant qui vit dans les entrailles des parcelles. 

Nous avons reçu un mail de Sandra Vanessa Liegeois, une photographe très douée qui passe souvent à la maison pour nous prendre en photo.Oui, nous! Public. Nous sommes si beau qu'on nous prend en photo. Non, Sandra fait un travail sur la paysannerie "propre" (comprendre affilié bio je crois) , et par suite de contact d'ami de l'oncle à la belle soeur du cousin d'un copain, là voilà arrivée jusqu'à Lestignac.

Vous pouvez la féliciter dans les commentaires, lui dire que c'est nul, que depuis on a inventé la couleur, ou que d'abord un paysan ça écrit pas sur Internet. 

@ bientôt//

Mathias


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